Et si nous transformions notre esprit critique ?

Le bon sens pour transformer notre esprit critique

Tous, nous avons vécu l’expérience bles­sante d’être jugé, cata­logué, étiqueté depuis notre enfance, expérience dif­fi­cile à dépasser et à par­don­ner qui est réactivée à la moin­dre cri­ti­que formulée à notre égard et que nous réacti­vons sans le savoir chez l’autre lors­que nous le jugeons négati­ve­ment.
Pourtant, se libérer d’un tel juge­ment, le mettre à dis­tance de notre esprit cri­ti­que, nous offre la pos­si­bi­lité de jouir d’une paix per­son­nelle. Toutefois, arri­ver à un état de paix demande de la per­sis­tance et une cer­taine capa­cité à se remet­tre soi-même en ques­tion.

"Avant de cri­ti­quer il faut savoir se mettre à la place de celui ou de ceux que l’on cri­ti­que", écri­vait l’auteur Gilbert Louvain.

Les juge­ments négatifs font des rava­ges car ils col­lent des étiquet­tes dont il est par­fois dif­fi­cile de se débar­ras­ser, nui­sent à la réputa­tion pro­fes­sion­nelle et per­son­nelle, conta­mi­nent l’entou­rage.
S’en sui­vent perte de confiance, refus de se parler, ambiance insup­por­ta­ble.

Mais d’où peut bien venir cette pro­pen­sion à juger autrui, à se fier aussi faci­le­ment aux appa­ren­ces, à cata­lo­guer l’autre sans même par­fois l’avoir entendu ? Et com­ment renon­cer à entrer dans l’engre­nage des cri­ti­ques mutuel­les – entre collègues, conjoints, parents envers enfants, etc., qui nous pour­ris­sent la vie ?

Pour G. Corneau, psy­cho­so­cio­lo­gue, "L’ombre est le petit frère obscur que nous por­tons en nous-mêmes mais que nous ne vou­lons pas que les autres voient. Pour éviter de per­cu­ter l’illu­sion de notre per­fec­tion, de notre inno­cence, nous nous débar­ras­sons de ces dimen­sions d’ombre en les prêtant à d’autres per­son­nes. Si bien que nous nous retrou­vons à blâmer les autres pour des tares qui sont tout sim­ple­ment incons­cien­tes chez nous. Voilà pour­quoi il est si facile de "devi­ner" les tares des autres : en fait, ce sont les nôtres !"

De plus, par oppo­si­tion et de manière déguisée, cri­ti­quer l’autre permet de se mettre en avant, de se convain­cre que l’on vaut mieux que lui, et ainsi de se ras­su­rer sur sa propre valeur !

Reconnaître que "par­fois, moi aussi je me mets à cri­ti­quer" est honnête bien que dou­lou­reux. C’est un pre­mier pas pour chan­ger d’atti­tude. C’est aussi une étape néces­saire pour appren­dre à faire silence sur autrui et écouter nos pro­pres peurs intérieu­res : peur d’être rejeté, isolé, mal com­pris, de se sentir nul, etc.

Réinves­tis­sons alors l’énergie que nous met­tons à cri­ti­quer l’autre dans notre propre remise en ques­tion, à com­men­cer par l’accep­ta­tion de notre propre impuis­sance à nous chan­ger nous-mêmes. Reconnaissons avec cou­rage que ce qui nous agace chez l’autre est peut être bien notre "part d’ombre". Evitons aussi les rac­cour­cis dan­ge­reux qui nous font juger la per­sonne plutôt que ses actes. Par exem­ple, au lieu de dire d’un collègue "c’est un inca­pa­ble", disons plutôt : "il n’arrive pas à résoudre ce problème… com­ment pou­vons-nous l’aider ?".

Et sur­tout, appre­nons à "nous taire". "Pour nous aussi, le silence est déjà un lieu sûr. Il nous met à l’abri de ces juge­ments que nous proférons pour les regret­ter par la suite. "Garde le silence, le silence te gar­dera", c’est la recom­man­da­tion de toute la tra­di­tion monas­ti­que, et elle n’est pas réservée aux moines ni aux monia­les !

Et si tout simplement nous apprenions à dire du bien de l’autre,
à le valoriser et à lui souhaiter du bien ?

Thérèse CHANEL - Psychologue

Pour aller plus : "Moi, je ne juge per­sonne" de Lytta Basset - Albin Michel

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